Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le Ciné de Fred

Chiens errants

Les Chiens errants : Affiche

 

Un père et ses deux enfants vivent en marge de Taipei, entre les bois et les rivières de la banlieue et les rues pluvieuses de la capitale. Le jour, le père gagne chichement sa vie en faisant l’homme sandwich pour des appartements de luxe pendant que son fils et sa fille hantent les centres commerciaux à la recherche d’échantillons gratuits de nourriture...

 

Rarement ces derniers temps un film a été précédé de rumeurs aussi contradictoires : ennui total pour certains, chef d'oeuvre absolu pour d'autres. Il fallait donc que je me fasse une opinion par ma moi-même. D'entrée le ton est donné : une femme se brosse les cheveux en regardant deux enfants dormir dans ce qui semble être un squat. Le plan dure bien dix minutes. Puis quelques longs plans des enfants dans la nature ou du père trouvant une barque...J'ai eu alors quelques frayeurs en pensant furtivement aux derniers Malick ou à Oncle Boonmee. Très vite heureusement la magie a opéré et la fascination s'est installée. Difficile d'expliquer. Comme il est difficile d'expliquer ce que l'on ressent devant un tableau. Car c'est bien une succession de tableaux que nous propose Tsai Ming-lian. A la différence qu'ici, aussi immobile soient-ils, chacun d'entre eux représente finalement la vie. On a le temps de les admirer. Chaque plan dure plusieurs minutes. L'un des derniers, le couple devant la fresque murale, dure près de quinze minutes (j'ai regardé). Mais dans chacun il se passe quelque chose, un détail ou quelque chose de plus grande importance. Difficile de parler de l'intrigue tant le récit foisonne d'idées avec plusieurs niveaux de lecture. Chacun peut l'interpréter différemment. Un scénario aussi simple que complexe. Je ne m'attarderais pas sur la mise en scène, elle est juste sublime. Les longs plans fixes qui composent exclusivement le film ne m'ont pas gêné du tout. Les acteurs sont formidables. Lee Kang-sheng dans le rôle du père est prodigieux, il nous gratifie d'une prestation époustouflante. Les enfants sont aussi très biens (ce sont ses neveux dans la vie). Techniquement, c'est du grand art aussi. La beauté des images est à couper le souffle, le travail sur le son est magnifique. Il accentue encore les sensations que l'on peut ressentir en transcendant ce que l'on voit. Car c'est bien ce qu'est Les chiens errants, un véritable voyage émotionnel, une expérience extra-sensorielle hors du commun d'une fulgurante poésie. Il ne se raconte pas et il est tout aussi difficile d’exprimer ce que l'on a ressenti à sa vision (et surtout après), il se vit, tout simplement. Mais attention, ça passe ou ça casse. Je conçois parfaitement que l'on puisse s'ennuyer ferme devant ces très longs plans où, apparemment mais ce n'est pas le cas, il ne se passe rien. Un film très difficile d'accès et qui donc, se mérite. J'en suis sorti anéanti de tant d'émotion et de beauté. Fascinant et envoutant, aussi émouvant que déconcertant, voilà donc, n'en déplaise aux esprits chagrins, le premier vrai chef d'oeuvre de 2014...

Chiens errants
Chiens errantsChiens errants
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
V
J'ai également été énormément touché par les chiens errants. Déconcertant au départ mais le film fait son chemin et nous hante.
Répondre
C
Moi j'ai été touché par ce sentiment de misère que l'on ressent pleinement, mais j'avoue que j'étais au bout du rouleau en sortant de la salle, un film que je qualifierais tout simplement....d'éprouvant!
Répondre
M
L'hallu collective quoi ! Pour ma part, impossible de ressentir quoi que ce soit devant ce machin arrogant. C'est au-delà de l'ennui : c'est du mépris envers le spectateur.
Répondre
P
Je vois que tu veux avoir le dernier mot. Face à quelqu'un qui prétend que Tsai Ming-liang pose bêtement sa caméra, je n'ai rien à répondre. C'est comme crier "regarde !" à un aveugle.
M
Je te conseille d'y retourner une 3e fois et de bien observer l'actrice : ce n'est pas MOI, c'est ELLE le problème. Se forcer à ne pas cligner des yeux pour que les larmes viennent, je trouve ça pathétique. A la rigueur si ça ne se voyait pas... Dommage, ça se voit.<br /> <br /> &quot;Toute démarche artistique est arrogante&quot; : non, quand Zoran Music peint les camps de la mort, on ne peut vraiment pas y voir de l'arrogance. Quand Grandrieux (pour prendre un cinéaste que j'admire) cherche plutôt que filme (et se plante parfois), on ne peut pas y voir de l'arrogance non plus.<br /> <br /> Quand TML filme platement un type qui bouffe du poulet pendant 5 mn en croyant y faire surgir je ne sais quoi (a priori j'ai loupé les &quot;mille choses&quot; qui s'y passait), quand il annonce &quot;&quot;Chaque film est comme une mission céleste que le ciel m’a demandé de faire&quot;, et se contente pour cela de poser bêtement sa caméra sans rien proposer d'autre que des plans fixes faciles et vains (mais les critiques vont s'extasier et y voir sans doute &quot;mille choses&quot;, alors c'est tout bénef pour lui), c'est arrogant. Allez, pompeux si tu veux.<br /> <br /> Passe me voir un de ces jours au Figaro !
P
Personne n'est inexpressif dans cette scène. C'est toi qui voit l'actrice se forcer. Cette scène et ce qu'elle t'évoque est ton problème à toi. C'est du cinéma, bien sûr, c'est pas prétendant être du cinéma. <br /> <br /> C'est quoi, l'arrogance ? Toute démarche artistique est arrogante si on creuse dans ton sens, y compris bien sûr, celle des cinéastes que tu admires. Être artiste est arrogant. Tu es le nouveau rédacteur en chef du Figaro, ou quoi ?
F
Je ne trouve pas le film arrogant non plus... Voyant ce débat j'ai hâte de voir l'avis de Chris Grosjean...
M
Filmer pendant 15 mn, en plan fixe, un homme et une femme inexpressifs au possible (et c'est pire encore quand on voit l'actrice se forcer à verser des larmes) pour dire la fin du couple et en prétendant que c'est là du cinéma, oui, c'est de l'arrogance.
P
J'approuve ! <br /> <br /> &quot;Un véritable voyage émotionnel&quot;, tu as raison, c'est finalement un film très intime. Le revoir une deuxième fois ouvre d'autres visions, d'autres pensées surgissent, ce qu'on n'avait pas vu (ou entendu, tu as raison de souligner le superbe travail du son) nous apparaît, etc. Du grand art.
Répondre